Agissons pour retrouver le chemin du commun

« La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ». Cette citation de Sénéque résonne tout particulièrement en moi, étudiante latiniste et helléniste, mais surtout parce qu’elle appelle à un inébranlable volontarisme politique pour gérer cette crise et, dans le même temps, préparer sa sortie.

Nos certitudes sont ébranlées : nous étions convaincus que les épidémies étaient derrière nous ou réservées à d’autres continents. Comme nous sommes convaincus, depuis maintenant 75 ans, que la paix est éternelle en Europe ; que le système économique que nous connaissons est le meilleur, ou en tout cas, le moins mauvais ; que notre démocratie est inébranlable…

Cette crise ouvre de fait une perspective nouvelle : elle oblige à sortir de nos cadres de pensée, et surtout, reprendre avec courage le chemin de l’essentiel, à sortir la tête des statistiques, des analyses strictement comptables, pour voir comment réagit, interagit l’humain. Elle doit nous permettre de retrouver de l’audace, indispensable, pour penser le progrès. Et recréer le lien entre les citoyens.

« La France, pour avancer, doit retrouver confiance et volonté »

Il ne s’agit pas de faire table rase du passé. Le fil de l’histoire d’un pays, d’un peuple, ne peut, et ne doit jamais être rompu et l’Histoire de France l’a démontrée. Mais cessons désormais de nous comporter comme des héritiers : nous devons tous être des passeurs, quelles que soient nos fonctions. C’est bien ce moment auquel nous sommes arrivés, la crise sanitaire actuelle venant s’ajouter à d’autres crises, plus profondes, plus anciennes, interrogeant voire menaçant notre destinée commune.

Un peuple qui craint l’avenir, s’étiole et se désespère. La France, pour avancer, doit retrouver confiance et volonté dans un engagement citoyen pour un projet positif et collectif. Loin des positions intégristes ou extrémistes. Un projet participatif, évolutif, avec et pour le peuple, où la richesse est d’abord celle des femmes et des hommes, avant d’être une mesure pour le PIB, où la nature est tout sauf une variable d’ajustement, où l’éducation est la pierre angulaire de toute politique.  

Concernant le contenu de cet engagement, nous devons concilier, combiner comme l’a si bien décrit Edgar Morin, et je vois pour ma part six interactions au service de ce projet, six chantiers à penser, repenser sur lesquels nous devrons travailler collectivement si nous voulons que demain soit meilleur qu’aujourd’hui :

–       Le monde et nous. Parce que la France a toujours parlé au monde, elle ne peut continuer à en avoir peur. Cette crise ne doit pas mettre à bas l’idée de citoyenneté mondiale, même si celle-ci s’est limitée en réalité depuis des décennies à la seule mondialisation économique. Si la relocation des productions vivrières et des activités sanitaires est indispensable, l’international permet la coopération (on le voit encore en ce moment avec la recherche mondiale contre le COVID-19), l’accès à l’autre, à d’autres cultures, aux savoirs. Nous devons sortir du monde de l’après-guerre et de la guerre froide toujours en place dans les organisations internationales pour créer un rassemblement mondial, plus universel, dont les premières missions seraient de travailler sur les questions de santé, de recherche, de lutte en faveur du climat, de mobilités notamment pour la jeunesse, de droits humains.

–       L’Europe et la nation. Notre destin est plus que jamais européen. L’Europe, au sortir de cette crise, doit être une idée neuve. Le carcan institutionnel et financier a écrasé l’idée originelle : il faut libérer le continent de ce poids qui l’empêche de créer, d’innover. La première décision est politique : il faut laisser la place à la société civile, lui permettre d’accéder aux postes de responsabilités, afin de garantir un intérêt général européen et non le compromis égoïste entre états qui ne fonctionne plus. Pour retravailler la confiance entre états, et donc avec les citoyens, le premier chantier de cette nouvelle Europe sera de se concentrer sur le Green New Deal, un vaste plan d’investissements massifs contre le réchauffement climatique, pas seulement pour relancer l’économie, mais pour réduire les inégalités et redistribuer les richesses.

–       L’État et les territoires. L’action publique doit être plus agile. On le voit au quotidien. On le vit depuis le début de la crise. Elle doit élargir sa vision par une meilleure écoute des gens, une connaissance des réalités du terrain, la création de vraies synergies entre public et privé. Cela appelle à une nouvelle étape de décentralisation, dans une République une et indivisible, tout le contraire de la recentralisation mise en œuvre depuis 2017. Un Etat respecté sur ses compétences régaliennes telles que la sécurité, la défense, la justice. Un Etat plus fort sur deux piliers essentiels de toute société humaine : l’éducation, celle qui enrichit et élève ; la santé, celle qui préserve et protège. Aux côtés de cet Etat, des collectivités locales mieux armées pour apporter des réponses au quotidien à nos concitoyens. C’est une République des territoires qui n’est plus un monde de complexité administrative, mais celui des solutions à échelle humaine et locale.

–       Le progrès et l’environnement. Nous devons pousser les feux d’une recherche libérée de la chaine du profit immédiat au profit de quelques-uns en créant un choc d’énergies décarbonnées. Cela veut dire une nouvelle génération industrielle : l’avion plus propre, plus léger, plus électrique ; le train à hydrogène ; l’éolien en mer ; la méthanisation, la chimie verte… Nous devons inventer une « nouvelle frontière » industrielle, non plus dans un but productiviste, mais dans un objectif humaniste. C’est aussi une économie plus circulaire, des bâtiments moins énergivores et un tourisme durable. Une économie réelle, vivante, génératrices d’emplois.

–       Le producteur et le consommateur. Le grand défi de demain est de rapprocher le lieu de production du lieu de consommation, et notamment en matière alimentaire, en accompagnant nos agriculteurs, nos éleveurs, par des contrats de transition agricole, afin de réellement favoriser les circuits courts avec des produits bios et de qualité. Le « local » vient de fait de changer d’échelle. Le producteur n’est plus un maillon de la chaîne de distribution : c’est le voisin, un visage, un paysage, un élément essentiel de la richesse du territoire qu’il faut rémunérer au juste prix car le prix du produit est immédiatement réinvesti sur cette même terre.

–       L’individu et le citoyen. Cette crise finie, allons-nous oublier les applaudissements de 20 heures pour le personnel soignant, comme pour les forces de l’ordre en 2015 ? Allons-nous tourner la page de toutes ces solidarités, petites et grandes, d’un quotidien soudain chargé de sens ? Allons-nous mettre fin à cette créativité infinie, spontanée créé par ce confinement inédit ? L’élan de fraternité ne doit pas retomber. Mieux, il faut le transformer en participation citoyenne sur l’alternative à imaginer. Cela n’est pas utopique : chaque jour sur les réseaux sociaux, les Français imaginent, créent, proposent… Ne laissons pas dans les mains de quelques experts, de quelques élus, du gouvernement, cette réflexion sur le monde de demain. Puisque chacun le désire, chacun doit donc y participer.

La sortie de crise se construit aujourd’hui grâce à un inflexible volontarisme politique, une capacité de rassemblement et ainsi donner à tous les moyens de choisir son destin et de ne pas être assigné à résidence. Demain, soyons conquérant et audacieux pour retrouver le chemin du commun. Agissons !

20 commentaires sur “Agissons pour retrouver le chemin du commun”

  1. Bonjour,

    Je me retrouve pleinement dans ces valeurs qui se perdent petit à petit dans notre société, gangrénées par le libéralisme débridé, la cupidité. Penser collectif et intérêt commun c’est repenser notre rapport à l’autre et à la nature. Nous faisons partie de la biodiversité et nous ne sommes pas son maitre. Il est temps d’associer notre conscience des enjeux par les bons gestes. Cette crise qui réveille la solidarité ne doit pas nous ramener pernicieusement vers le repli et la peur de l’extérieur et de la différence. Enfin il est essentiel que l’on préserve et explique le lien étroit qu’il existe entre prélèvement et politique publique. La valeur travail qui irrigue notre société ne doit pas nous empêcher de redistribuer les gains de productivité par la réduction du temps de travail engagé courageusement par M. Aubry ni étudier le déploiement du revenu universel.
    A quand une candidature aux présidentielles pour aussi réformer cette cinquième république surannée ?

  2. La culture est salvatrice – notre vie nous appartient – un moral d’acier c’est un cerveau bien construit – des lieux communs n’est-ce pas ? Pourtant c’est la culture qui s’est manifestée pendant ces moments de confinement – en lisant, en chantant ce que tout le monde ne lit pas ou ne chante pas – on grandit en liberté et on s’enrichit d’autres mouvements d’autres alternatives – Et on l’a vu ce sont les soit disant « petites gens » qui sont le socle de nos terreaux – j’en suis bien évidement avec les auteurs – la tête dans le guidon – la vue basse et les mains à produire mais l’envie d’agir et la beauté comme visière – nous éditons ! Oui nous sommes « La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ». Merci de trouver les petits éditeurs partout dans les bonnes librairies et pas seulement sur Amazon qui, lui, pourtant nous rend visible. Cherchons les paradoxes ! Vida en Vida…

  3. Pour revenir au local, à la proximité, à l’humain, l’Europe doit impérativement réactiver ce principe de droit européen qu’est la subsidiarité.
    Ce principe passé aux oubliettes qui devait normalement équilibrer l’autre principe de droit, celui de la concurrence, démesurément hypertrophié.

  4. Entièrement d’accord sur tous ces thèmes et ces prémices e réflexion.
    J’ajouterais pour ma part une thématique sur la financiarisation de l’économie, sur les fuites d’impôts et les captations de richesses. On nous annonce déjà un endettement des nations sur au moins 20 ans qui se fera donc au profit des banques privées, les seules à pouvoir prêter aux nations.
    Or ces richesses (matérielles, intellectuelles, culturelles) sont celles que les peuples ont construites : toute dette est donc illégitime.
    Partage et redistribution doivent guider les prochains choix de reconstruction sociale.

  5. Peut-être que la région peut comme la voisine Nvelle Aquitaine faire acheter les manuels des lycées par les lycéens dans les librairies (comme à l’époque de M. Malvy) plutôt que de se fournir chez un grossiste en tuant ainsi ses libraires de proximité.

  6. Merci, Carole, pour cet engagement. Merci pour cette image de la femme engagée.
    Voici ce que j’ai adressé aux « Femmes » sur un site des réseaux sociaux il y a quelques jours:
    Femmes, puissiez-vous vous reconnaître. Femmes, puissiez-vous sentir en vous la Force de Vie. Femmes puissiez-vous vous relier à votre éternelle confiance en la Vie et en sa continuité. Quelle que soit sa couleur la Vie est votre Oeuvre. Quelle que soit ses difficultés la Vie est votre itinéraire. Que votre Force et votre détermination soient en mesure d’ouvrir les Portes devant l’Homme qui craint de les franchir.
    Il en est fini de la peur, de la soumission, de la mésestimation. Femme, rejoins ta Beauté, ta Grandeur, ton Joyau intérieur. Ton Amour incommensurable. Pour le donner. Le donner à la Terre. Le donner à l’Humanité dans la certitude qu’il s’agit d’un rayon de la Lumière Divine qui s’exprime à travers vos cœurs. Qui s’exprime à travers vos mains, à travers vos tâches quotidiennes et aussi à travers vos gestes professionnels et souvent héroïques. Femme rejoins la certitude qu’il s’agit de la force de transformation.
    Car le Féminin doit aujourd’hui retrouver sa pleine expression et sa grande puissance au coeur de la Femme. Et se réveiller au Cœur de l’Homme. Afin que les complémentaires retrouvent leur équilibre et que l’Union des contraires permette à l’Humanité d’accéder à l’Amour.
    L’avenir ne peut être qu’innovation, créativité, réinvention, réenchantement de nos vies. Il y a chez les jeunes une soif d’accompagner l’advenue des énergies libres, les échanges simples de production, la relativisation de la monnaie, les retrouvailles à servir dans leur métier le front haut et le cœur sur la main.
    Comment, nous , avec les années de maturité pouvons-nous accompagner efficacement ces puissantes énergies de la jeunesse pour mettre à leur disposition les compétences que nous avons acquises au fil des ans ?
    Je fais confiance à votre créativité féminine et à votre détermination à votre regard sur le long terme.
    A vos côtés.

  7. Au delà de l’incantation, il appartient en effet aux sociétés, à la lueur des événements, de choisir leur avenir et aux femmes et hommes démocratiquement élus d’en tenir compte dans le bien commun.
    Mais gardons le fruit de l’expérience et gardons nous d’agir impulsivement sous le coup de l’émotion.
    « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » J de La Fontaine
    Que le changement ne soit pas le seul moteur d’une course effrénée au progrès. Ce dernier est infini et jamais nous ne l’atteindrons sans en partager tous ensemble les bienfaits intermédiaires.

    Nous avons apris a nous faire confiance, à partager, nous avons mesuré le fossé entre les gouvernants et les gouvernés par excès de communications. Nous avons atteint les limites de notre organisation territoriale et sociale…

    Autant de sujets dans doute a réfléchir

    Ma devise « agissons là ou nus avons le pouvoir d’agir »

    merci pour vos efforts et votre présence auprès des administrés d’Occitanie

  8. Tout à fait d’accord avec cette analyse.
    L’union régionale des Foyers Ruraux, ses fédérations départementales en Occitanie, ses Foyers ruraux, ont pour mission de créer du lien social, de la fraternité, de l’entraide et toutes les composantes de la culture avec la transmission des savoirs, savoirs faire, savoirs être.
    Aujourd’hui notre travail de fédération d’éducation populaire retrouve tout son sens.
    L’individualisme, le chacun pour soi, le protectionnisme, sont devenu des notions obsolètes. Nous devons retrouver le sens de la solidarité, de l’entraide, du sens collectif.
    Nous serons avec vous pour ce combat au quotidien. Jean-Pierre Allier Co Président UR FR OC

  9. Madame Delga , merci pour ce magnifique texte , qui , je l’espère , ne restera pas lettre morte .
    Au delà de votre personnalité fort sympathique , je vous remercie de porter haut les couleurs et valeurs séculaires de l’Occitanie .
    Courtoisement. JY. Attard / ATTARD. AUTOMOTIVE Contructions & Prototypes / ALBI /

  10. Agissons pour retrouver le chemin du commun
    le 20 avril 2020

    « « La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ». Cette citation de Sénéque résonne tout particulièrement en moi, étudiante latiniste et helléniste, mais surtout parce qu’elle appelle à un inébranlable volontarisme politique pour gérer cette crise et, dans le même temps, préparer sa sortie. »

    Je suis d’accord la citation est très pertinente.

    « Nos certitudes sont ébranlées : nous étions convaincus que les épidémies étaient derrière nous ou réservées à d’autres continents. Comme nous sommes convaincus, depuis maintenant 75 ans, que la paix est éternelle en Europe ; que le système économique que nous connaissons est le meilleur, ou en tout cas, le moins mauvais ; que notre démocratie est inébranlable… »

    Je fais parti d’une génération née en même temps que le mur de Berlin. Pour notre génération le mur était là pour l’éternité jusqu’à ce qu’il tombe en 15 jours. Mais c’est vrai nous oublions vite, trop vite. J’ai parfois l’impression que de nouveau en nous réfugiant derrière une construction européenne dévoyée nous construisons notre nouvelle ligne Maginot ?

    « Cette crise ouvre de fait une perspective nouvelle : elle oblige à sortir de nos cadres de pensée, et surtout, reprendre avec courage le chemin de l’essentiel, à sortir la tête des statistiques, des analyses strictement comptables, pour voir comment réagit, interagit l’humain. Elle doit nous permettre de retrouver de l’audace, indispensable, pour penser le progrès. Et recréer le lien entre les citoyens. »

    Oui vous avez raison mais les leçons du passé ne plaident pas en votre faveur. En 2008 on a géré la crise au mieux et au plus vite en se disant que la crise passée on règlerai mieux la question. Au bilan on n’a rien fait. La situation a continué à se dégrader. En 2012 on a traité la Grèce de façon totalement indigne. Si l’Europe n’est pas capable de mutualisée des dettes, d’être solidaire, elle n’existe pas c’est juste une machine à fric pour quelques élites et est un outil néocolonial.

    « « La France, pour avancer, doit retrouver confiance et volonté »
    Il ne s’agit pas de faire table rase du passé. Le fil de l’histoire d’un pays, d’un peuple, ne peut, et ne doit jamais être rompu et l’Histoire de France l’a démontrée. Mais cessons désormais de nous comporter comme des héritiers : nous devons tous être des passeurs, quelles que soient nos fonctions. C’est bien ce moment auquel nous sommes arrivés, la crise sanitaire actuelle venant s’ajouter à d’autres crises, plus profondes, plus anciennes, interrogeant voire menaçant notre destinée commune.
    Un peuple qui craint l’avenir, s’étiole et se désespère. La France, pour avancer, doit retrouver confiance et volonté dans un engagement citoyen pour un projet positif et collectif. Loin des positions intégristes ou extrémistes. Un projet participatif, évolutif, avec et pour le peuple, où la richesse est d’abord celle des femmes et des hommes, avant d’être une mesure pour le PIB, où la nature est tout sauf une variable d’ajustement, où l’éducation est la pierre angulaire de toute politique.

    Concernant le contenu de cet engagement, nous devons concilier, combiner comme l’a si bien décrit Edgar Morin, et je vois pour ma part six interactions au service de ce projet, six chantiers à penser, repenser sur lesquels nous devrons travailler collectivement si nous voulons que demain soit meilleur qu’aujourd’hui :
    – Le monde et nous. Parce que la France a toujours parlé au monde, elle ne peut continuer à en avoir peur. Cette crise ne doit pas mettre à bas l’idée de citoyenneté mondiale, même si celle-ci s’est limitée en réalité depuis des décennies à la seule mondialisation économique.
    On ne pourra pas avancer sans une remise en cause des conditions de la mondialisation.
    La mondialisation sans les coûts cachés (en les faisant prendre en compte par les communs) est une escroquerie car elle détruit la planète. Aujourd’hui la question n’est pas de savoir si on est pour ou contre la décroissance.  »

    La question est de savoir si on suit la version libérale. Sachant que les ressources étant limitée il n’y en aura pas pour tout le monde donc il y aura du monde en trop. On en fait quoi : guerres, épidémies chambre à gaz. On verra bien mais la loi libérale, celle de la jungle (qui est le contraire d’une loi) s’appliquera et elle régulera.
    Ou bien la décroissance assumée organisée. Je vous invite de lire ou relire « la lettre à nos petits enfants » de Keynes. Keynes est l’inventeur du concept de décroissance et il est tellement à l’avance sur son temps qu’il a inventé ce concept à un moment où on manqué même de l’essentiel.

    « Si la relocation des productions vivrières et des activités sanitaires est indispensable, l’international permet la coopération (on le voit encore en ce moment avec la recherche mondiale contre le COVID-19), l’accès à l’autre, à d’autres cultures, aux savoirs. Nous devons sortir du monde de l’après-guerre et de la guerre froide toujours en place dans les organisations internationales pour créer un rassemblement mondial, plus universel, dont les premières missions seraient de travailler sur les questions de santé, de recherche, de lutte en faveur du climat, de mobilités notamment pour la jeunesse, de droits humains. »

    Un beau projet pour l’Europe serait par exemple en s’appuyant du modèle de l’open source en informatique de développer des produits durable (réparable – recyclable) sous licence publique. Quitte à financer l’achat de la machine à laver qui va durer toute la vie mais fabrique et entretenue au pays. Quel est notre intérêt à favoriser l’obsolescence programmée, c’est mauvais pour la planète et très mauvais pour nos finances puisqu’elles sont presque toutes fabriquée en Chine. La crise du Covid à montrer quelques belles coopérations informelles qui ont permis de fabriquer des respirateurs rapidement et à des prix de revient défiant toutes concurrences.

    « – L’Europe et la nation. Notre destin est plus que jamais européen. L’Europe, au sortir de cette crise, doit être une idée neuve. Le carcan institutionnel et financier a écrasé l’idée originelle : il faut libérer le continent de ce poids qui l’empêche de créer, d’innover. La première décision est politique : il faut laisser la place à la société civile, lui permettre d’accéder aux postes de responsabilités, afin de garantir un intérêt général européen et non le compromis égoïste entre états qui ne fonctionne plus. Pour retravailler la confiance entre états, et donc avec les citoyens, le premier chantier de cette nouvelle Europe sera de se concentrer sur le Green New Deal, un vaste plan d’investissements massifs contre le réchauffement climatique, pas seulement pour relancer l’économie, mais pour réduire les inégalités et redistribuer les richesses. »

    Polanyi a dit qu’une monnaie était l’expression d’une souveraineté nous avons réussi à faire une monnaie sans souveraineté, un canard sans tête. L’Europe si elle n’est que l’expression du dogme de la loi du marché (au passage le marché est tout comme la jungle tout sauf une loi) ne mérite pas d’exister. Elle est bien loin des idéaux de paix et de coopération des débuts. Dans sa forme actuelle elle doit se transformer ou disparaitre.

    « – L’État et les territoires. L’action publique doit être plus agile. On le voit au quotidien. On le vit depuis le début de la crise. Elle doit élargir sa vision par une meilleure écoute des gens, une connaissance des réalités du terrain, la création de vraies synergies entre public et privé. Cela appelle à une nouvelle étape de décentralisation, dans une République une et indivisible, tout le contraire de la recentralisation mise en œuvre depuis 2017. Un Etat respecté sur ses compétences régaliennes telles que la sécurité, la défense, la justice. Un Etat plus fort sur deux piliers essentiels de toute société humaine : l’éducation, celle qui enrichit et élève ; la santé, celle qui préserve et protège. Aux côtés de cet Etat, des collectivités locales mieux armées pour apporter des réponses au quotidien à nos concitoyens. C’est une République des territoires qui n’est plus un monde de complexité administrative, mais celui des solutions à échelle humaine et locale. »

    On ne fera pas cela sans une réflexion sur la dette publique. La dette d’état est un artifice qui permet d’asservir le peuple. Cet asservissement par la dette est à rapprocher des asservissements coloniaux par la dette aussi (voir Piketty). La dette c’est la forme que prend la planche à billet quand on délègue la création monétaire à des banques privée. Si les banques centrales rachetaient les dettes d’état par création monétaire (la planche à billet), les états rembourseraient leurs dettes avec destruction monétaire équivalente (les crédits). La masse monétaire resterai inchangée mais il n’y aura plus le racket des intérêts perçus par les banques privées alors que les banques centrales sont garantes en dernier ressort (voir 2008).
    Quand a l’idiotie de vendre les autoroutes ou bien les aéroports de Paris pour rembourser de la dette c’est du grand n’importe quoi. On se dessaisi de biens matériels tangibles contre une monnaie dont les états sont seuls garants de la valeur.
    Un marché de dupe ou les seuls intérêts des acheteurs est la dépréciation du bien commun qu’est la monnaie.

    « – Le progrès et l’environnement. Nous devons pousser les feux d’une recherche libérée de la chaine du profit immédiat au profit de quelques-uns en créant un choc d’énergies décarbonnées. Cela veut dire une nouvelle génération industrielle : l’avion plus propre, plus léger, plus électrique ; le train à hydrogène ; l’éolien en mer ; la méthanisation, la chimie verte… Nous devons inventer une « nouvelle frontière » industrielle, non plus dans un but productiviste, mais dans un objectif humaniste. C’est aussi une économie plus circulaire, des bâtiments moins énergivores et un tourisme durable. Une économie réelle, vivante, génératrices d’emplois. »

    D’une façon générale nous devons faire mieux avec moins de ressource et remettre en cause :
    – Notre système de valeur : relire « la lettre à nos petits enfants ».
    – Obsolescence programmée.
    – Notre système financier : création monétaire et crédit privé, l’argent est un bien privé, la monnaie un bien commun.
    – Redéfinir la notion de progrès aujourd’hui, c’est produire plus demain c’est produire autant ou plus avec moins de ressources naturelles.

    « – Le producteur et le consommateur. Le grand défi de demain est de rapprocher le lieu de production du lieu de consommation, et notamment en matière alimentaire, en accompagnant nos agriculteurs, nos éleveurs, par des contrats de transition agricole, afin de réellement favoriser les circuits courts avec des produits bios et de qualité. Le « local » vient de fait de changer d’échelle. Le producteur n’est plus un maillon de la chaîne de distribution : c’est le voisin, un visage, un paysage, un élément essentiel de la richesse du territoire qu’il faut rémunérer au juste prix car le prix du produit est immédiatement réinvesti sur cette même terre. »

    Intégrer que la règle est de produire consommée et vivre localement. Cela n’est pas un programme de défiance vis-à-vis de l’étranger bien au contraire. C’est un vrai idéal de gauche et de développement ici mais ailleurs aussi. Là les agences mondiales ont un vrai rôle à jouer pour favoriser le développement des pays pauvres. Mais nous avons aussi beaucoup à apprendre d’eux ce sont les spécialistes naturels des low-techs
    .
    « – L’individu et le citoyen. Cette crise finie, allons-nous oublier les applaudissements de 20 heures pour le personnel soignant, comme pour les forces de l’ordre en 2015 ? Allons-nous tourner la page de toutes ces solidarités, petites et grandes, d’un quotidien soudain chargé de sens ? Allons-nous mettre fin à cette créativité infinie, spontanée créé par ce confinement inédit ? L’élan de fraternité ne doit pas retomber. Mieux, il faut le transformer en participation citoyenne sur l’alternative à imaginer. Cela n’est pas utopique : chaque jour sur les réseaux sociaux, les Français imaginent, créent, proposent… Ne laissons pas dans les mains de quelques experts, de quelques élus, du gouvernement, cette réflexion sur le monde de demain. Puisque chacun le désire, chacun doit donc y participer. »

    Bien parti pour oublier vite.
    Il me semble qu’au moins la moitié de la représentation nationale devrai être issue d’un tirage au sort ou tout autre dispositif garantissant une vraie représentation nationale. Par exemple des quotas d’élus réservés en fonction des tranches d’impôt et à proportion de leur nombre dans la société. De fait le suffrage universel ne suffit pas. Les élus sont désignés parmi une oligarchie. La démocratie n’est qu’apparente, la représentativité nationale faussée
    On nous fait régulièrement la « morale » sur la plus grande responsabilité des salariés allemands en oubliant de nous dire qu’ils détiennent dans les grandes entreprise la moitié des postes aux conseils d’administration. Je crois que le vrai avantage allemand est là. Ce n’est pas la bourse qui pilote seul c’est la cogestion. Cela change tout et visiblement marche. Ces deux mesures ne coute pas un centime et sont de nature à changer les choses en profondeur.

    « La sortie de crise se construit aujourd’hui grâce à un inflexible volontarisme politique, une capacité de rassemblement et ainsi donner à tous les moyens de choisir son destin et de ne pas être assigné à résidence. Demain, soyons conquérant et audacieux pour retrouver le chemin du commun. Agissons ! »

  11. Bonjour,
    Nous connaissons depuis longtemps l’implication de Carole Deltas pour notre région mais aussi pour pays. Son comportement est exemplaire dans la gestion de cette terrible
    l’endémie.
    Merci pour les informations et citations qui nous sont transmises. Elles sont utiles et précieuses dans la situation que nous vivons actuellement.
    Bien cordialement.

  12. Carole Delga parle juste. Et clairement.
    Selon moi, cela vient d’abord d’une vision globale des mécanismes humains, culturels et économiques. Ensuite, d’une capacité d’analyse fine de ceux-ci. Et finalement, d’une aptitude à innover qui largement dépasse ces habituelles solutions-là « qu’on a toutes essayées ».

    Alors agissons, oui !
    L’avenir ne commence pas demain, mais tout de suite…

    Merci de votre lecture.

  13. Merci d’avoir mis des mots sur tous ces chemins d’espoir que nous pressentons.
    C’est clair et prometteur de beaucoup de pistes sur lesquelles cheminer personnellement, socialement, politiquement, écologiquement et spirituellement.
    Avec toute mon admiration pour votre pertinent texte qui est une base d’échanges pour tenir des propos raisonnés et tirer une ligne vers un ciel plus juste où il fasse bon vivre pour tous.

  14. Les associations et les groupes alternatifs n’ont cesser de le répéter pendant des années et depuis que notre maison terre brûle. Que les responsables politiques se manifestent, c’est une bonne chose, mais il faut des actes. Les citoyens sont amers fasse à cette situation qui annonce peut être un cycle de phénomènes plus alarmant les uns que les autres. Ce n’est pas quelques changements par ci par là qui vont régler les problèmes, c’est un changement en profondeur de notre mentalité d’assoifes de la consommation. On nous avait promis un monde meilleur, on récolte l’insécurité sanitaire, on avait confiance en nos capacités et nos compétences, on se trouve au pied du mur de la mondialisation et on découvre que nous sommes dépendant de la Chine. Si vous souhaitez mobiliser les citoyens, il faudra faire preuve de convictions et de sincérité car le proverbe « chats échaudés craignent l’eau froide  » souligne bien l’état d’esprit dans lesquels nous sommes.

  15. Il ya me semble t il une paire d année ou un peu plus , nous étions alors rassemblés en réunion confidentielle au sud de Cahors ,te faire part de ce souhait de décentralisation qui toujours m ‘anime.
    Oui la région a suffisamment d atout pour s organiser sur l essentiel.. .
    Pas facile de transgresser ce pouvoir jacobin,  » à l impossible nul n est tenu « 

  16. De retour de Nouvelle Zélande où je fus confinée à plus de 20000 ms, je viens d’être rapatriée et j’e sais encore plus qu’avant ce que les mots la France « une et indivisible  » peuvent dire. j’ai lu plusieurs fois votre billet, qui pose très clairement du moins pour moi les fondamentaux pour retrouver le chemin du commun.
    Merci de donner du sens et du champ à ce que nous vivons.
    Jacqueline Matha

Laisser un commentaire